La question de la participation des conjoints aux charges du ménage suscite encore de nombreuses interrogations au sein des foyers béninois. Entre pratiques traditionnelles, incompréhensions juridiques et tensions liées à la gestion des ressources, plusieurs couples ignorent encore ce que prévoit réellement la loi. Dans ce contexte, la présidente de l’Institut National de la Femme (INF), Madame Bokpè, a tenu à apporter des clarifications détaillées afin de mieux faire comprendre aux citoyens les obligations légales qui encadrent la vie conjugale au Bénin.
S’appuyant sur les dispositions du Code des personnes et de la famille, elle a rappelé que le mariage ne repose pas uniquement sur un engagement affectif, mais également sur des responsabilités partagées, tant sur le plan moral que matériel. La loi béninoise stipule en effet que les époux assurent conjointement la direction du ménage. Ils sont ainsi tenus, de manière solidaire, de veiller à la nourriture, à l’entretien, à l’éducation et à l’encadrement des enfants, ce qui traduit la volonté du législateur de promouvoir une famille fondée sur l’équilibre et la coopération.
Au cœur de ces obligations figure l’article 159 du Code des personnes et de la famille, qui dispose que chacun des époux doit contribuer aux charges du ménage à proportion de ses facultés respectives. Pour la présidente de l’INF, cette formulation, bien que juridiquement précise, reste souvent mal comprise par une partie de la population. C’est pourquoi l’institution s’est donné pour mission de vulgariser cette notion afin d’éviter les interprétations erronées et les conflits qui peuvent naître d’une mauvaise lecture de la loi.
Madame Bokpè explique que l’expression « à proportion de ses facultés respectives » signifie tout simplement que les contributions financières des époux doivent être adaptées à leurs moyens réels. Autrement dit, la loi ne cherche pas à imposer une égalité mécanique dans les dépenses, mais plutôt une équité basée sur les ressources de chacun. Ces ressources peuvent provenir de différentes sources, notamment le salaire, les revenus issus d’activités commerciales, les loyers perçus sur des biens immobiliers ou tout autre revenu légalement acquis.
Pour illustrer cette règle, la présidente de l’Institut a donné un exemple concret. Dans un ménage où l’un des conjoints perçoit un revenu mensuel de 300 000 francs CFA, tandis que l’autre dispose de 100 000 francs CFA, la répartition des charges doit se faire de manière proportionnelle. Le premier prendra alors en charge environ les deux tiers des dépenses du foyer, pendant que le second contribuera à hauteur d’un tiers. Cette approche, a-t-elle souligné, correspond à l’esprit de justice sociale voulu par le législateur, qui privilégie l’équité à une stricte égalité arithmétique.
Au-delà de ces explications, la présidente de l’INF a insisté sur le rôle central de son institution dans la sensibilisation des populations. L’Institut National de la Femme a pour mission non seulement de défendre les droits des femmes, mais aussi de promouvoir une meilleure compréhension des textes légaux qui régissent la famille. En informant les citoyens sur leurs devoirs respectifs, l’INF contribue à prévenir les conflits conjugaux, à renforcer la stabilité des ménages et à instaurer des relations fondées sur la transparence et la solidarité.
Ces clarifications interviennent dans un contexte où les mutations socio-économiques modifient progressivement les équilibres au sein des foyers, avec une participation croissante des femmes à la vie économique. Face à ces évolutions, la loi béninoise apparaît comme un cadre de régulation visant à garantir l’équité et la responsabilité partagée entre époux, afin de préserver l’harmonie familiale et de protéger l’intérêt supérieur des enfants.

















