Une vive consternation règne au Sénégal après la mort d’un étudiant survenue le 9 février 2026 à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, à l’issue d’une journée marquée par de violents affrontements sur le campus social. L’intervention des forces de l’ordre à l’intérieur de l’enceinte universitaire, dans un contexte de manifestations étudiantes liées au paiement d’arriérés de bourses, a laissé un lourd bilan humain et ravivé les tensions dans le monde universitaire.
Selon l’amicale de la faculté de médecine, l’étudiant décédé, Abdoulaye Ba, originaire de Matam, dans l’est du pays, était inscrit en deuxième année de chirurgie dentaire. Il aurait perdu la vie aux environs de 19 heures. D’après des témoignages de camarades, il aurait été violemment agressé dans sa chambre alors qu’il ne participait pas aux manifestations. Les circonstances exactes de sa mort restent encore à élucider, mais l’annonce de son décès a profondément bouleversé la communauté universitaire.
Toute la journée du lundi a été marquée par un climat de grande tension sur le campus social, où des véhicules blindés ont pénétré et où des gaz lacrymogènes ont été utilisés jusque dans les résidences étudiantes. Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des scènes d’affrontements, des couloirs enfumés et des étudiants tentant de fuir les lieux, certains contraints de sortir par les fenêtres après qu’un incendie s’est déclaré dans plusieurs chambres. Le bilan provisoire fait état de plus d’une centaine de blessés, certains pris en charge sur place, d’autres évacués vers l’hôpital de Fann, ainsi que d’environ cent interpellations.
À l’infirmerie du campus, rapidement débordée, des étudiants en médecine ont participé à la prise en charge des blessés. Plusieurs victimes présentaient des fractures du nez ou des blessures au niveau des yeux, selon les témoignages recueillis. Face à l’escalade des tensions, de nombreux étudiants ont choisi de quitter les résidences universitaires, sacs et valises à la main, pour rejoindre leurs familles, évoquant un climat devenu intenable après plusieurs jours de perturbations, notamment la fermeture temporaire des restaurants universitaires et l’usage répété de gaz lacrymogènes.
À l’origine de cette crise, un conflit qui dure depuis plusieurs mois autour du paiement des bourses étudiantes. Les propositions d’aménagement avancées par la direction des bourses n’ayant pas convaincu, certains étudiants avaient lancé des actions de protestation, dont des « journées sans ticket » consistant à refuser de payer l’accès aux restaurants universitaires, entraînant leur fermeture et l’intervention des forces de sécurité. Plusieurs organisations étudiantes dénoncent une réponse sécuritaire disproportionnée et estiment que la revendication liée aux bourses ne devrait pas exposer les étudiants à des risques pour leur sécurité.
Face à la situation, le campus social a été officiellement fermé jusqu’à nouvel ordre pour des raisons de sécurité. La direction du centre des œuvres universitaires a annoncé la mise en place d’un accompagnement psychologique pour les étudiants affectés par les événements, tandis que le calme semblait progressivement revenir dans la matinée suivante, même si le choc demeure profond.
La mort d’Abdoulaye Ba et les violences enregistrées ont suscité de nombreuses réactions dans les milieux universitaire et politique. Le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES) a exigé le retrait immédiat et sans condition des forces de l’ordre du campus social. Plusieurs acteurs politiques, dont des figures de l’opposition, ont dénoncé des scènes jugées inacceptables et appelé à situer les responsabilités, certains réclamant notamment la démission du ministre de l’Intérieur.
Le gouvernement sénégalais a présenté ses condoléances à la famille du défunt et a annoncé l’ouverture d’enquêtes afin de faire toute la lumière sur les circonstances du drame, tout en promettant des mesures destinées à renforcer la sécurité des étudiants. L’amicale de la faculté de médecine a pour sa part indiqué qu’une autopsie sera réalisée et qu’elle accompagnera la famille dans d’éventuelles démarches judiciaires.















