À Tado, berceau historique du peuple Adja, la tradition a une nouvelle fois occupé le devant de la scène ce 30 août 2026. Après plusieurs jours de célébration, les cérémonies de TOGBI ANYI ZAN 2026 ont connu leur clôture le dimanche 30 août, dans une ambiance mêlant ferveur traditionnelle, recueillement et expressions culturelles. Plus qu’un rendez-vous festif, cette célébration a été l’occasion de revisiter la mémoire ancestrale et de rappeler la responsabilité des générations actuelles dans la préservation de cet héritage.

L’un des temps forts de cette journée a été la présentation de Wolako Koffi KPOYIZOUN Efiohvi comme Administrateur Principal du Trône Royal Ancestral de Tado. Autour de cette charge, les cérémonies ont également porté un message de paix, de bénédiction et de cohésion à l’endroit des filles et fils de Tado, des princes et princesses ainsi que de l’ensemble des descendants du royaume.

Quand la forêt sacrée devient le lieu du dialogue avec les ancêtres
C’est dans l’espace sacré, à l’entrée de la forêt et sous le grand iroko, que les premiers actes de cette séquence solennelle ont été posés. Les tashinons, prêtresses chargées des rites, ont procédé aux invocations destinées aux génies et aux ancêtres. Une manière, dans la tradition, de solliciter leur accord et leur protection avant la poursuite des cérémonies.
Dans ce moment de forte charge symbolique, Togbi Adjavivi IX, doyen d’âge du clan AZANOU et issu de la lignée royale, s’est agenouillé devant les forces ancestrales. Sa démarche était celle d’une présentation faite au nom de toute la communauté.

Célestin Koffi KPOYIZOUN Efiohvi a ensuite été présenté à son tour. À travers ce rituel, il s’agissait de faire connaître sa nouvelle responsabilité aux forces de la nature et aux puissances ancestrales, afin qu’elles puissent, selon la tradition, l’accompagner dans l’exercice de sa mission.
Les paroles portées par les tashinons ont également concerné les filles et fils de Tado. Les bénédictions ont été sollicitées pour chacun, en fonction de son métier, de ses activités et de son apport à la société. Les libations ont précédé une visite de plusieurs espaces chargés d’histoire, notamment les traces, les couvents sacrés à accès unique et les lieux d’inhumation des anciens rois.
Une prière qui dépasse les frontières de Tado

La dimension spirituelle de la cérémonie ne s’est pas limitée au territoire de Tado. Une attention particulière a été accordée à la paix, à la cohésion sociale et à la prospérité du Bénin et du Togo. Les prières ont également concerné les gouvernants ainsi que les différentes communautés dans lesquelles vivent les descendants du peuple Adja.
Cette journée a aussi été marquée par la présence de délégations venues respecter leurs engagements vis-à-vis de la mémoire ancestrale. Les Tadonous du Bénin, notamment ceux venus du Mono et de l’Ouémé, ont pris part à ce moment de communion. Sa Majesté le Roi de Djigbé était également de la partie, dans une démarche de recueillement et de retour à la source.
La culture reprend ses droits sur la place publique

Après la profondeur des rites accomplis dans la forêt sacrée, l’ambiance a progressivement changé sur la place publique. Le lieu est devenu un espace de démonstration culturelle, artistique et cultuelle avec les prestations de Allagashiwo, Kokoushiwo, Danshiwo et Sakpatashiwo.
Ces différentes expressions ont offert au public un autre visage de l’héritage Adja. Chants, mouvements, rythmes et pratiques culturelles ont montré que la tradition peut également se transmettre par l’art et par la scène. Les prestations ont été chaleureusement accueillies par un public visiblement séduit.
Derrière le spectacle, c’est toute une richesse culturelle qui s’est exprimée : une créativité qui puise dans les racines anciennes pour continuer à parler aux générations présentes.
Pour un Tado uni autour d’un même idéal

À la fin des cérémonies, Wolako Koffi KPOYIZOUN Efiohvi a tenu à remercier les participants ainsi que les collectivités AZANOU de Tchoukouhoué, de Zassa, de Tohoun Kpoyizounhoué et de Tado, dont la collaboration a contribué au bon déroulement de cette étape.
Son intervention a surtout pris la forme d’un appel à l’apaisement et à l’unité. Il a invité les uns et les autres à privilégier le dialogue, la reconnaissance mutuelle et le respect des réformes engagées pour parvenir à la construction d’un Palais Royal Ancestral digne de Tado.
Dans son approche, les divisions, les incompréhensions, le rejet et les affrontements, y compris ceux qui prennent forme sur les réseaux sociaux, ne peuvent servir une ambition collective. Pour construire dans la durée, estime-t-il, il faut plutôt apprendre à se retrouver autour d’une vision commune, à tirer des enseignements des expériences des autres et à contribuer, chacun à son niveau, à l’œuvre collective.
S’inspirer des palais descendants pour écrire la suite
Cette volonté d’aller de l’avant devrait se traduire par une nouvelle initiative : un voyage de découverte et d’échange auprès des palais descendants de Tado, notamment au Bénin.
L’objectif annoncé est clair : aller à la rencontre de ces expériences, observer ce qui fonctionne, apprendre et s’en inspirer pour poursuivre la construction d’un Tado mieux organisé, plus considérable et davantage valorisé.
Ainsi, TOGBI ANYI ZAN 2026 aura été bien plus qu’une succession de cérémonies traditionnelles. La rencontre aura permis de renouer avec la source, de rendre hommage aux ancêtres, de célébrer l’identité Adja et surtout de remettre au goût du jour une question essentielle : comment préserver l’héritage reçu tout en construisant l’avenir ?
À Tado, la réponse semble se dessiner autour de trois exigences : l’unité, la transmission et l’action collective.
Parmi les témoins de cette séquence historique figurait El Solo de TCHIV, acteur culturel engagé dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel. Sa présence à Tado témoigne également de l’intérêt que suscite cette dynamique de préservation et de transmission de la culture.

















