Chaque année au Bénin, le même scénario se répète : des quartiers submergés, des routes coupées, des familles contraintes de quitter leurs habitations. Le mot inondation s’impose alors comme une évidence. Pourtant, selon le Dr Richard Aimé Tossou, cette appellation masque souvent une réalité plus profonde et plus dérangeante : toutes les situations que nous qualifions d’inondations n’en sont pas réellement au sens strict.
L’expert rappelle que l’eau, dans son fonctionnement naturel, obéit à des règles simples et constantes. Elle s’écoule vers les zones basses, emprunte des couloirs bien définis et occupe temporairement les plaines inondables, les marécages et les zones humides. Ces espaces, loin d’être inutiles, jouent un rôle essentiel dans la régulation hydrologique et la prévention des catastrophes.
Pendant longtemps, ces mécanismes naturels ont permis d’absorber les excès d’eau sans conséquences majeures. Mais au fil des années, l’urbanisation rapide et souvent mal maîtrisée a profondément modifié cet équilibre. Au Bénin, des habitations ont été construites dans les bas-fonds, des routes ont obstrué les voies naturelles d’écoulement et des quartiers entiers se sont installés sur d’anciens lits d’eau. Lorsque les pluies surviennent, l’eau ne fait alors que reprendre son chemin, provoquant des débordements qui sont perçus comme des inondations.
Toutefois, le Dr Tossou souligne qu’il serait réducteur d’expliquer ces phénomènes uniquement par l’occupation anarchique de l’espace. Le changement climatique a également modifié les régimes pluviométriques. Les pluies deviennent plus intenses, plus concentrées et plus imprévisibles. Là où l’eau tombait autrefois de manière étalée sur plusieurs jours, elle peut désormais s’abattre en quelques heures, saturant rapidement les sols et dépassant les capacités d’évacuation des infrastructures existantes.
Cette situation est aggravée par plusieurs facteurs : l’imperméabilisation croissante des sols par le béton et le bitume, l’obstruction des caniveaux par les déchets, le sous-dimensionnement ou l’absence d’ouvrages de drainage, la disparition du couvert végétal et le manque d’entretien des infrastructures hydrauliques. À cela s’ajoutent parfois des décisions publiques tolérant l’installation de populations dans des zones pourtant identifiées comme à risque.
Pour le spécialiste, la crise actuelle n’est donc pas seulement une catastrophe naturelle. Elle reflète aussi des insuffisances en matière d’aménagement du territoire, de gouvernance urbaine et d’anticipation des risques climatiques. Les inondations apparaissent ainsi comme le résultat d’une collision entre les lois de la nature et les choix humains.
Face à cette réalité, il préconise des solutions progressives et socialement responsables : cartographier et protéger les zones à risque, interdire toute nouvelle occupation dans ces espaces, relocaliser progressivement les populations les plus exposées avec un accompagnement adéquat, restaurer les zones humides et repenser l’urbanisme en intégrant les données climatiques et hydrologiques actuelles. Il insiste également sur la nécessité de renforcer la gestion des déchets, de moderniser les infrastructures de drainage et de développer des systèmes d’alerte et de prévision.
Au-delà des mesures techniques, le Dr Tossou appelle surtout à un changement de regard. Habiter dans un bas-fond, rappelle-t-il, revient à s’installer dans le lit naturel de l’eau. Tant que cette réalité ne sera pas pleinement intégrée dans les comportements individuels et les politiques publiques au Bénin, les drames risquent de se répéter chaque saison des pluies.
En définitive, son message est sans ambiguïté : l’eau n’est pas l’ennemie de l’homme. Elle devient une menace lorsque les sociétés ignorent ses règles ou tardent à s’adapter aux nouvelles réalités climatiques. La véritable question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi l’eau envahit les habitations, mais pourquoi les hommes persistent à occuper des espaces où elle doit naturellement circuler.















