Né le 1er janvier 1962 à Ouinfa, dans le département du Mono, Janvier Yahouédéou, de son vrai nom François Janvier Yahouédéou, s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les plus marquantes de la scène politique, intellectuelle et entrepreneuriale du Bénin. Homme d’affaires prospère, écrivain engagé, professeur spécialisé en transformation numérique et acteur politique influent, il vient d’être nommé, le 24 mai 2026, ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale dans le tout premier gouvernement du président Romuald Wadagni.
Originaire d’Agonli-Covè dans le département du Zou, Janvier Yahouédéou incarne le profil rare d’un technocrate devenu acteur majeur de la vie publique béninoise. Son parcours, jalonné d’initiatives audacieuses, de prises de position politiques fortes et d’innovations dans plusieurs secteurs, témoigne d’une trajectoire hors du commun.
Après des études secondaires effectuées aux CEG Sainte-Rita et Gbégamey, où il décroche son baccalauréat série C en 1982, Janvier Yahouédéou effectue son service militaire en 1983 avant d’intégrer l’Institut National d’Économie (INE). Il fait alors partie de la toute première promotion des informaticiens du Bénin, une filière créée par l’UNESCO au profit des pays membres du Conseil de l’Entente. Trois ans plus tard, en 1986, il obtient son premier diplôme universitaire d’analyste-programmeur.
Passionné par les nouvelles technologies à une époque où l’informatique était encore embryonnaire en Afrique, il poursuit ses études en France et décroche en 1988 une maîtrise en informatique de gestion avec une spécialisation en télé-informatique à l’université Paris-Dauphine. Un an plus tard, en 1989, il achève son cursus académique avec un doctorat en intelligence artificielle. Ancien membre de l’Association française pour la cybernétique économique et technique, il se forge rapidement une réputation de pionnier dans le domaine du numérique et des technologies de l’information.
Très tôt, Janvier Yahouédéou se lance dans l’entrepreneuriat. Dès 1987, à seulement 26 ans, il crée sa première société informatique, la multinationale Master Soft, implantée successivement en Europe et en Afrique. Dans la foulée, l’entreprise ouvre une filiale aux États-Unis spécialisée dans la fabrication de cartes mères et d’ordinateurs tropicalisés sous le label Master Systems. Cette percée dans l’industrie technologique internationale fait de lui l’un des premiers entrepreneurs béninois à investir massivement dans les technologies numériques à l’échelle mondiale.
La même année, il lance également la revue scientifique Sciences et Techniques, démontrant son attachement à la vulgarisation du savoir scientifique. Au début des années 1990, il étend ses activités au secteur culturel et événementiel en prenant la gestion des plus grandes salles de cinéma du Bénin, où étaient diffusées les grandes productions hollywoodiennes. Il se fait aussi remarquer dans la promotion d’événements sportifs et musicaux, notamment à travers l’organisation de compétitions de boxe et de concerts. Il restera notamment connu comme le premier promoteur à avoir fait monter sur scène au Bénin la chanteuse congolaise Pierrette Adams.
Toujours animé par une vision moderniste, Janvier Yahouédéou crée en 1994 Master Schools, considérées comme les premières universités d’ingénierie informatique du Bénin. En 1999, il poursuit son expansion médiatique avec le lancement de la chaîne de radiodiffusion Radio Planète. Puis, en 2014, il fonde VIT Industries, un réseau d’usines spécialisées dans la fabrication de lessive en poudre et de papiers hygiéniques en Afrique de l’Ouest, consolidant davantage son statut d’industriel et de promoteur économique.
Parallèlement à ses activités entrepreneuriales, Janvier Yahouédéou mène également une carrière intellectuelle remarquable. En 1988, il publie l’ouvrage Les techniques de programmation en C – Les structures de données, un manuel consacré aux structures de données en langage C et à leurs applications en intelligence artificielle. Longtemps devenu rare sur le marché, cet ouvrage de référence s’est retrouvé en 2025 à des prix particulièrement élevés sur certaines plateformes de vente en ligne, atteignant environ 2.000 euros, preuve de son importance dans le domaine académique et scientifique.
Mais au-delà du monde des affaires et de la technologie, Janvier Yahouédéou s’est surtout illustré par son engagement politique et son militantisme en faveur de la bonne gouvernance. Opposant farouche à ce qu’il considérait comme une mauvaise gestion de l’État, il publie plusieurs ouvrages critiques à l’endroit du régime du président Mathieu Kérékou, notamment Les Vraies Couleurs du Caméléon en 2002, Crépuscule d’un dictateur en 2004 et État d’urgence en 2006, aux éditions Planète Communications.
En 2009, il marque profondément l’opinion publique béninoise en dénonçant à l’Assemblée nationale le scandale des “machines agricoles”, relatif à l’acquisition par l’État béninois de matériels agricoles usagés. Cette affaire, largement documentée par Janvier Yahouédéou avec des preuves à l’appui, met en lumière des interrogations sur la transparence dans la gestion des fonds publics. Plusieurs personnalités du monde des affaires, dont Olivier Boko et Rock Nieri, y furent citées, faisant de ce dossier une référence majeure dans les débats sur la lutte contre la corruption au Bénin.
En 2013, il s’engage activement contre le projet de révision constitutionnelle porté par le président Thomas Boni Yayi. Soutenu par une soixantaine de députés, il cofonde alors le mouvement Sursaut Patriotique, qui lance une vaste campagne nationale à travers le célèbre slogan “Touche pas à ma Constitution”. Cette initiative marquera durablement le paysage politique béninois, malgré les nombreuses tensions et les actes de vandalisme enregistrés contre les affiches du mouvement.
Sur le plan partisan, Janvier Yahouédéou crée en 2004 son propre parti politique, le Réveil Patriotique, avant de rejoindre en 2018 le Bloc Républicain, formation politique proche du président Patrice Talon, dans le contexte de la réforme du système partisan béninois.
Candidat à l’élection présidentielle de 2006, il termine à la dixième place sur une vingtaine de candidats. Entre 2006 et 2007, il occupe le poste de chargé de mission auprès du président Thomas Boni Yayi. En 2007, il est élu député de la 24e circonscription électorale et siège à l’Assemblée nationale durant la cinquième législature. Au cours de ce mandat, il exerce également comme juge à la Haute Cour de justice du Bénin entre 2007 et 2011.
En mars 2011, il tente une seconde fois l’aventure présidentielle et se classe sixième avec 16 591 voix, soit 0,56 % des suffrages exprimés. En 2015, il retrouve le Parlement sous la bannière de l’alliance Renaissance du Bénin–Réveil Patriotique avant d’être désigné président du Parlement régional de l’UEMOA pour un mandat d’un an sous la présidence de Thomas Boni Yayi.
Le 17 mai 2018, Janvier Yahouédéou est élu président du Conseil d’orientation et de supervision de la Liste électorale permanente informatisée (COS-LEPI) pour un mandat de six mois, tout en poursuivant ses fonctions de député jusqu’à la fin officielle de son mandat parlementaire en mai 2023.
Sous le régime du président Patrice Talon, il poursuit son ascension au sommet de l’appareil d’État. Le 11 décembre 2024, il est nommé ministre conseiller chargé des Affaires économiques et du numérique avant d’être désigné, le 6 janvier 2025, coordonnateur du Collège des ministres conseillers.
Cette longue expérience dans les domaines du numérique, de l’économie, de la gouvernance publique et de la vie politique nationale conduit finalement Janvier Yahouédéou à intégrer, le 24 mai 2026, le premier gouvernement du président Romuald Wadagni en qualité de ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale.
À travers cette nomination stratégique, le nouveau chef de l’État mise sur un profil expérimenté, à la fois technocrate, entrepreneur, intellectuel et homme politique aguerri, pour conduire les réformes liées à la gouvernance territoriale, au renforcement des collectivités locales et à la modernisation de l’administration décentralisée du Bénin.














