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Pôles de développement territorial : entre ambition de transformation des territoires et impératif de sécurisation foncière, Firmin SOWANOU interpelle sur les conditions de réussite de la réforme

La réforme des pôles de développement territorial ouvre une nouvelle séquence dans la politique de décentralisation au Bénin. Elle ambitionne de faire des territoires de véritables espaces de création de richesses, d’emplois, d’investissements et de développement humain. Mais pour que cette vision produise pleinement ses effets, certaines réalités de terrain devront être prises en compte. Parmi elles, la question foncière apparaît comme un enjeu majeur. Détenteur d’un master en Administration générale et territoriale, option Droit public et Gouvernance territoriale, Firmin SOWANOU salue l’orientation donnée à la réforme et attire l’attention sur les conditions qui permettront aux acteurs locaux et aux investisseurs de passer véritablement de l’intention à l’action.

De la « deuxième étape du développement » à la territorialisation de l’action publique

Le 21 mars 2026, dans la salle rouge du Palais des Congrès de Cotonou, alors candidat à l’élection présidentielle de 2026, Romuald Wadagni présentait son projet de société. À cette occasion, il annonçait une nouvelle orientation de l’action publique, destinée à ouvrir, selon lui, « la deuxième étape » du développement du Bénin.

« Nous sommes désormais prêts à aborder la deuxième étape de notre développement, désormais l’action publique va s’orienter autour de quatre pôles de développement régionaux. Le pays entier sera totalement divisé en six régions », déclarait-il alors.

Quelques mois plus tard, cette orientation a franchi une étape importante avec la présentation des réformes relatives aux pôles de développement territorial au Palais de la Présidence de la République. Cette séance, présidée par le Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Romuald Wadagni, a réuni plusieurs acteurs de la vie politico-administrative du pays, notamment des ministres, des préfets, des maires, des présidents d’institutions et différents responsables impliqués dans la conduite de l’action publique.

À travers cette réforme, l’État entend donner une nouvelle dimension à la décentralisation et faire des territoires des espaces davantage tournés vers la production, l’investissement et la création de richesses.

Il s’agit, dans les grandes articulations de cette vision, de partir des potentialités de chaque région pour les transformer en véritables leviers économiques au profit des populations. La structuration des filières et des chaînes de valeur, l’attraction des infrastructures et des investissements ainsi que la transformation de ces investissements en richesses, en emplois et en services accessibles aux populations constituent ainsi des axes majeurs de cette nouvelle approche.

Une décentralisation qui veut désormais dépasser la seule gouvernance

Cette réforme, présentée comme une nouvelle étape de la décentralisation, s’inscrit dans une évolution que l’on pourrait qualifier de « décentralisation 3.0 ».

Après une première expérience centrée sur l’organisation territoriale autour des préfets et des maires, puis une deuxième étape marquée notamment par l’avènement des secrétaires exécutifs dans les mairies, cette nouvelle dynamique entend aller plus loin.

La question n’est plus seulement de savoir comment administrer les collectivités territoriales. Il s’agit désormais de réfléchir à la manière de faire de ces collectivités de véritables moteurs du développement.

L’ambition affichée est notamment de faire de chaque région un espace capable de valoriser ses propres avantages. L’agriculture, le tourisme, l’innovation et la transformation figurent parmi les composantes appelées à contribuer à cette dynamique, auxquelles doivent s’ajouter les infrastructures, le développement du capital humain et l’accompagnement des initiatives économiques.

Le raisonnement paraît simple : identifier les potentialités, organiser les acteurs autour des filières porteuses, attirer les investissements, créer de la valeur et faire en sorte que cette valeur profite davantage aux populations.

En matière de gouvernance, la réforme entend également éviter les chevauchements de compétences. Les délégués généraux doivent occuper une place particulière dans cette nouvelle architecture. Selon les explications données par le Chef de l’État, ils seront des collaborateurs directs du Président de la République, avec notamment la possibilité de prendre part au Conseil des ministres et d’échanger directement avec lui sur les problématiques propres à leurs régions.

Trois grandes familles de critères doivent, par ailleurs, guider cette nouvelle dynamique : l’éradication de l’extrême pauvreté, le développement du capital humain et la création de richesses à la base.

C’est précisément sur cette volonté de produire des résultats concrets dans les territoires que Firmin SOWANOU porte une attention particulière à la réforme.

Firmin SOWANOU salue une vision qui rapproche la décentralisation des réalités du développement

Administrateur territorial de formation, Firmin SOWANOU estime que cette réforme intervient à un moment où les collectivités territoriales ont besoin d’une approche davantage tournée vers leurs réalités économiques et sociales.

Pour cet acteur territorial, l’intérêt de cette nouvelle orientation réside dans le fait qu’elle ne réduit plus la décentralisation à une simple question de gouvernance. Elle cherche également à l’inscrire dans la résolution des problèmes réels auxquels les localités sont confrontées lorsqu’elles veulent construire leur développement.

Son appréciation est d’autant plus attentive que les questions liées à la planification, à l’organisation territoriale et au développement local relèvent directement de son domaine de formation.

Pour lui, la décentralisation doit aller au-delà de la gestion administrative des collectivités. Elle doit également permettre aux territoires de mieux exploiter leurs ressources, de développer leurs secteurs porteurs, d’attirer les investisseurs et surtout de créer des conditions favorables à l’amélioration des conditions de vie des populations.

C’est donc avec intérêt qu’il accueille cette nouvelle étape de la réforme.

Mais dans le même temps, une interrogation se pose.

« Construire dans sa région » : encore faut-il pouvoir sécuriser le terrain

Dans son intervention, le Chef de l’État a insisté sur la nécessité pour les cadres de retourner dans leurs régions, d’y investir et de participer directement à leur développement.

Il a notamment déclaré : « Les cadres d’une région, d’une localité n’y vont pas, ne construisent pas et n’ont même pas un petit champ, une petite ferme dans leur région, je vais demander aux délégués de me suivre un peu ces DG et cadres. Dès l’installation des pôles, je vais descendre avec chaque délégué et faire le tour de sa région, et donc, je vais veiller à ça. »

Pour Firmin SOWANOU, cette déclaration mérite une attention particulière.

Elle traduit une volonté de responsabiliser davantage les cadres et les acteurs issus des territoires. L’idée est que le développement d’une région ne peut pas être porté uniquement par l’administration. Il doit également être soutenu par ceux qui connaissent le territoire, qui en sont originaires ou qui disposent de compétences et de moyens pour y investir.

Agriculture, tourisme, innovation, transformation : autant de secteurs qui peuvent permettre à un cadre ou à un investisseur de contribuer directement au développement de sa région.

Mais cette volonté soulève une autre question, beaucoup plus concrète : peut-on demander à un investisseur de construire un hôtel, une unité de transformation, une exploitation agricole moderne ou tout autre projet structurant lorsque la situation foncière du domaine n’est pas suffisamment sécurisée ?

C’est là que se situe, selon Firmin SOWANOU, l’une des principales difficultés auxquelles la réforme devra apporter une réponse.

Dans plusieurs localités, la sécurisation foncière et les opérations d’aménagement du territoire, notamment le lotissement et le recasement, constituent encore des préoccupations majeures. Des propriétaires disposent de domaines sur lesquels ils envisagent parfois de réaliser des projets de développement correspondant précisément aux secteurs aujourd’hui mis en avant dans la réforme des pôles.

Le lotissement répond à une logique d’organisation et d’aménagement de l’espace en parcelles et en voies, tandis que le recasement intervient dans le processus de réorganisation et de régularisation des droits fonciers liés aux espaces concernés. Ces opérations peuvent donc avoir des incidences importantes sur les projets envisagés par les propriétaires et les investisseurs.

Le problème apparaît alors sous une forme très concrète : comment demander à un investisseur de mobiliser des ressources importantes pour construire, produire et employer sur un territoire lorsqu’il ne dispose pas d’une visibilité suffisante sur la situation foncière de son investissement ?

La crainte d’une évolution ultérieure de la situation foncière, notamment dans le cadre des opérations de lotissement ou de recasement, peut constituer un facteur de prudence pour les investisseurs privés et les cadres désireux de contribuer au développement de leur région.

Le problème n’est donc pas simplement celui de la disponibilité des terres. Il est aussi celui de la sécurité juridique, de la stabilité et de la prévisibilité de l’investissement.

Si l’on veut que les cadres et les investisseurs « construisent dans leurs régions », il devient nécessaire de créer les conditions qui leur donnent suffisamment de visibilité pour prendre ce risque.

Le foncier, un préalable à ne pas laisser en marge de la réforme

C’est sur ce point que Firmin SOWANOU formule ses premières propositions.

Des pistes concrètes pour lever les contraintes foncières et sécuriser les investissements

  • Mettre en place un dispositif technique d’accompagnement au lotissement et au recasement, capable d’appuyer les communes confrontées à des difficultés foncières et d’accélérer la sécurisation des espaces destinés aux projets structurants.
  • Renforcer les mesures favorisant l’établissement et la délivrance des documents fonciers, afin de donner aux propriétaires, investisseurs et porteurs de projets une meilleure visibilité juridique sur les terrains concernés et de réduire les incertitudes susceptibles de freiner les investissements.
  • Identifier et sécuriser en amont les espaces à vocation économique et touristique, notamment pour l’agriculture, la transformation, l’innovation et le tourisme, afin que les projets correspondant aux orientations des pôles territoriaux puissent être implantés sur des sites suffisamment maîtrisés et planifiés.
  • Mieux articuler les politiques de développement territorial avec la planification foncière locale, pour éviter que des projets structurants soient engagés dans des zones susceptibles d’être ultérieurement affectées par des opérations de lotissement, de recasement ou d’autres réaménagements.

Une telle structure pourrait contribuer à accompagner techniquement les communes concernées, à faciliter le traitement des dossiers et à améliorer la coordination autour des opérations de recasement.

L’objectif, selon cette approche, serait de permettre aux propriétaires et aux investisseurs de disposer d’une situation foncière plus lisible avant d’engager des investissements importants.

Pour lui, cette question mérite d’être regardée avec suffisamment d’attention parce qu’elle touche directement à la capacité des territoires à attirer des investissements.

La logique est claire : si l’État veut transformer les potentialités locales en richesses, il doit également travailler sur les conditions qui permettent à ceux qui portent les investissements de prendre des risques avec davantage de sérénité.

Sans cette sécurisation, prévient-il, les investisseurs privés pourraient continuer à hésiter à engager des ressources importantes dans certaines localités.

Hêvié et Lalo : deux illustrations d’un potentiel territorial à mieux libérer

Firmin SOWANOU cite notamment le cas de Hêvié, dans la commune d’Abomey-Calavi, une grande localité dont les potentialités pourraient, selon lui, être davantage valorisées.

Il évoque notamment les perspectives liées au désenclavement de la voie principale qui quitte la plage de Togbin, passe par Acadjamè et rejoint Kpota. L’amélioration de cette liaison constitue un facteur susceptible de renforcer l’attractivité de la zone et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour les activités économiques.

Mais là encore, l’attractivité d’un territoire ne suffit pas à elle seule. Il faut que les investisseurs puissent disposer d’un environnement foncier suffisamment clair et sécurisé pour s’y engager durablement.

Le même raisonnement peut être porté sur le Couffo, notamment la commune de Lalo.

Lalo est une commune à forte vocation agricole, disposant de potentialités susceptibles de contribuer davantage au développement de l’économie locale et, par ricochet, à l’économie nationale.

La transformation agricole, l’agro-industrie, l’élevage, le tourisme rural ou encore d’autres activités liées aux ressources du territoire pourraient constituer des opportunités importantes.

Mais pour Firmin SOWANOU, ces potentialités ne pourront pleinement produire leurs effets que si les contraintes qui découragent les investisseurs sont progressivement levées.

Le développement territorial ne peut donc pas être pensé uniquement à partir des ressources disponibles. Il doit également prendre en compte les conditions matérielles, administratives, foncières et institutionnelles qui permettent de les valoriser.

Faire des pôles de véritables territoires d’investissement

À travers sa réflexion, Firmin SOWANOU ne remet pas en cause l’ambition de la réforme. Bien au contraire, il en souligne la pertinence tout en appelant à ne pas perdre de vue certaines réalités auxquelles seront confrontés les acteurs chargés de sa mise en œuvre.

Pour lui, la réussite de la décentralisation 3.0 dépendra de sa capacité à produire des changements visibles dans les territoires.

Il faudra que l’agriculture crée davantage de valeur, que le tourisme génère des activités et des emplois, que l’innovation trouve des espaces pour se développer, que les infrastructures accompagnent les initiatives économiques et que les investissements puissent effectivement se transformer en richesses locales.

Pour Firmin SOWANOU, l’État béninois devra donc renforcer les mesures d’accompagnement afin de tenir compte des réalités rencontrées sur le terrain.

Car au bout du compte, la réussite de cette nouvelle étape de la décentralisation se mesurera moins à la seule mise en place des structures qu’à leur capacité à faire émerger, dans chaque territoire, des projets, des investissements, des emplois et de véritables richesses au bénéfice des populations.

Et si l’ambition est réellement d’inviter les cadres à retourner construire dans leurs régions, alors la sécurisation foncière, l’accompagnement des opérations de lotissement et de recasement ainsi que la facilitation de l’accès aux documents fonciers pourraient constituer des conditions importantes pour que cet appel se transforme en réalisations concrètes.

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Auteur

Firmin SOWANOU

Firmin SOWANOU

Directeur de Publication KAFOWEB

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